Nous avons interrogé il y a quelques semaines ​Nadia Jacoby​ qui nous donne son point de vue sur la réaction des universités face à la crise. Enseignante chercheuse durant une dizaine d’années, puis Vice-Présidente du numérique de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Nadia Jacoby a réalisé un grand rêve en devenant entrepreneur, lorsqu’elle fonde Simone & les Robots​.

La mission de Simone et les Robots est d’inspirer, transformer, digitaliser l’enseignement supérieur. Pour cela, Simone et les Robots accompagne les établissements dans leur transition digitale.

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Les constats après la première vague

Une ​étude menée par Simone & les Robots à la sortie du premier confinement dévoile que les universités ont réussi à s’adapter très vite à cette situation de crise. Elles ont en effet pu basculer vers de l’enseignement à distance grâce aux plateformes LMS qu’elles possédaient déjà. Toutes étaient déjà équipées d’une plateforme d’E-learning, et notamment de Moodle, ce qui a grandement facilité les choses.

Une rentrée bouleversée, mais anticipée

En ce qui concerne la rentrée 2020, toutes l’avaient également anticipé. “​Nous savions plus ou moins tous que les choses ne reviendraient pas à la normale​” dès septembre. Elles ont alors, pour la plupart en tout cas, mis en place ce que l’on appelle un système d’enseignement hybride. Avec un focus tout particulier sur les primo-entrants, non habitués au mode de fonctionnement de l’université. Les néo-bacheliers étaient en effet prioritaires pour le présentiel tant qu’il était encore autorisé en France.

L’Enseignement hybride

La crise sanitaire de la Covid 19 a grandement accéléré la transition digitale des universités. Tout le monde s’accorde sur ce point. Néanmoins, la question de l’hybridation n’est pas une question complètement nouvelle ! Depuis plusieurs années déjà, le ministère de l’enseignement supérieur français, en collaboration avec des universités, réfléchit à la question de l’hybridation. Un projet a même été lancé par le gouvernement en 2018 intitulé “​Parcours flexibles en Licence​”, avec l’idée de développer des parcours plus à la carte et en mode hybrides. C’est donc déjà depuis quelque temps la volonté nationale de davantage répondre aux attentes et aux besoins de certains étudiants, avec des contraintes particulières, salariés ou en reprise d’études par exemple.

Pour autant, cette transition légèrement brutale à laquelle les universités ont dû faire face, n’a pas été si simple à mettre en place. Certes on économise en coût de transport (enseignants + étudiants), on peut préparer son cours à l’avance, le diffuser de manière synchrone ou asynchrone. Cela demande néanmoins un changement pédagogique important et une préparation en amont de la part des enseignants.

Un nouveau modèle pédagogique à mettre en place

Nouveau modèle pédagogique des universités

L’interaction est l’une des grandes problématiques auxquelles les universités ont dû répondre. Dans un amphi de 300 étudiants, il existe un échange et une interactivité réelle. Face à un ordi, même avec une classe de 20 personnes, l’enseignant ne pourra pas voir tout le monde. Il doit capter l’attention de ses étudiants différemment, il faut réapprendre à enseigner.

Reproduire exactement le même cours qu’en amphi, devant un écran n’est pas l’idéal selon Nadia. “​C’est pas sympa pour l’étudiant, pas agréable pour l’enseignant, et somme toute, ce n’est pas très efficace”​ .

Des pratiques pédagogiques peu utilisées dans le passé sont alors apparues. La classe inversée paraît tout à fait adaptée à la situation. L’interaction étudiant/enseignant change de nature !

On ne parle plus de savoir descendant, avec un enseignant qui délivre du contenu, des étudiants qui prennent note, puis disposent d’un contenu à apprendre pour préparer leurs examens. Avec la classe inversée, on communique à l’avance à l’étudiant du contenu rédactionnel ou vidéo, les concepts du cours. Les étudiants travaillent en amont, puis le cours (en visio, ou en petit groupe) leur permet de poser des questions, revenir sur les concepts plus méconnus, être challengés… C’est une manière plus dynamique de dispenser ses cours, mais surtout bien différente.

Cette évolution pédagogique n’est pas évidente. Les cours sont ré imaginés, re préparés par les enseignants. Ces derniers doivent également maîtriser de nombreux outils numériques, pas toujours intuitifs. Beaucoup d’universités ont, dès mars dernier, commencé à organiser des sessions de formations des professeurs face à toutes ces nouvelles pratiques. L’université de Lorraine a par exemple mis en ligne toute une série de Webinaires pour former ses enseignants !

Un pas vers l’avenir…

Finalement, même si toutes ces adaptations sont mises en place dans un contexte de gestion de crise, elles participent à la transformation numérique des universités à plus long terme. Les services de soutien au numérique, les DSI, les décideurs, les enseignants, tous ont beaucoup appris durant cette année 2020, forte en rebondissements.

La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information.” ​A.Einstein

Si vous souhaitez visionner l’interview dans son intégralité :